Brest : mystère sur le drame du stand de tir

Telegramme de Brest

Crime de rôdeurs ? De voleurs ? Règlement de comptes ? Le mystère était total, hier, 24 heures après le double assassinat commis à l'entrée du stand de tir de la Villeneuve, propriété de la Marine nationale dans l'agglomération brestoise. Rien dans la vie personnelle des deux victimes - un pharmacien militaire, et un civil - ne permet pour l'instant d'éclaircir, le meurtre, a-t-on indiqué de source judiciaire.

Pour l'heure, les enquêteurs restent cependant très discrets sur cette mystérieuse affaire. Deux faits semblent toutefois établis : d'une part, les tueurs étaient au nombre de deux ; d'autre part, ils n'ont pas pénétré à l'intérieur du bâtiment.

Hier, une trentaine de gendarmes, chargés du dossier étaient sur place pour procéder aux investigations alors que l'ensemble du périmètre du stand était complètement bouclé.

( Article de Journal du Télégramme de Brest du 14-15 Octobre 1996 )

Six mois après, les tueurs du stand de tir courent toujours

Le double meurtre inexpliqué de Brest

Le 13 octobre, deux hommes étaient assassinés par balles devant un stand de tir brestois. Malgré des moyens très Important l ‘enquête des gendarmes n'a toujours pas abouti, Les indices sont minces et le mobile reste un mystère.

BREST. - François Picard, 52ans, et Pol Creton, 32ans, sont-ils morts pour les armes qu'ils transportaient? Membres du club de tir de l'Union sportive de l'arsenal maritime, ils étaient arrivés au stand de la Villeneuve, tôt ce dimanche 13 octobre, pour s'entraîner. Dans une mallette, François Picard, le moniteur transporte un revolver 22 long rifle et une arme de gros calibre un 357 Magnum. Pol Creton a un revolver 22 long rifle. Le moniteur et son élève n'ont pas eu le temps d'ouvrir la porte du stand.

Peu avant 9 h, un responsable du club, venu s'entraîner, découvre les corps devant l'entrée. Chacun a reçu deux balles dans le thorax et une dans la nuque. Le moniteur agonise et décède peu après (lire ci-dessous). Les deux hommes ont été victimes d'un guet-apens impitoyable.

La poubelle de la gare

Le stand, construit dans les douves à l'arrière d'un vieux fort, est situé sur un terrain militaire, entre le parc des expositions de Penfeld et le bois de Keroual. On y accède à pied par un chemin bordé par le mur du fort et par une haie de sapins.

Premiers constats : les trois armes des victimes ont disparu, ainsi que leurs portefeuilles. Mais les fuyards ont perdu un revolver retrouvé non loin. Une brèche a été pratiquée à la cisaille dans le grillage du terrain. Si le stand de tir est dans un endroit discret, le bois de Keroual est fréquenté par les joggeurs et les promeneurs. Les gendarmes ratissent les lieux, recherchent des témoins.

Une automobiliste a entendu les coups de feu, vu deux personnes courir vers un des parkings du parc des expositions ; l'une portait une mallette en bandoulière. Ce???? ?s personnes, sont elles celles aperçues par un jeune homme alors qu'elles montaient dans une vieille voiture garée en contrebas ? Mais l'un des témoins a vu un homme et une femme; l'autre, deux hommes dont l'un à cheveux longs. Aucun n'a remarqué s'ils transportaient une carabine 22 long rifle, utilisée par les tueurs, difficile à dissimuler.

Quatre jours après le double meurtre, les portefeuilles des victimes sont retrouvés à Landerneau (à 20km de Brest), dans une poubelle près de la gare SNCF. La poubelle, étant vidée chaque jour, les enquêteurs acquièrent la certitude que les tueurs sont restés dans le secteur au moins jusqu'au jeudi.

Telegramme de Brest

Après avoir planché quatre ans durant, les gendarmes de la section de recherche de Rennes ont été dessaisis du dossier. La SRPJ reprendra prochainement l'enquête.

Le pharmacien et le technicien

Rien, a priori, dans la vie des deux victimes ne permet aux enquêteurs de trouver un début de mobile à ce double meurtre.

Pol Creton, qui allait être père d'un deuxième enfant, était technicien à Océanopolis, où il s’occupait des Mammifères marins depuis l'ouverture du musée scientifique brestois. Initié au tir par son père, il avait renoué récemment avec ce passe-temps.

La profession de François Picard a suscité beaucoup de rumeurs. Ce quinquagénaire, père ce trois enfants, était un brillant Pharmacien principal des armées. Il était devenu un spécialiste de la chimie nucléaire et de la radio protection. Brest, nucléaire : certains ont imagine que ce scientifique détenait, peut-être, des secrets sur les sous-marins de l’ile-longue, sur une pollution radioactive de la rade...

« s’il était la cible, pourquoi les assassins auraient ils pris le risque de l'éliminer au stand de tir et de tuer aussi Pol Creton? objectent les enquêteurs. Ce sont des " petits " qui ont fait ça . Mais Il faut être taré pour tuer deux personnes pour leur piquer deux revolvers 22 LR qu'on peut se procurer facilement... »

Malfrats locaux ?

Depuis six mois, ils privilégient cette piste de meurtriers locaux et penchent toujours pour vol d'armes qui aurait mal tourné???? ?.

Plusieurs éléments renforce la conviction que les auteurs de cette sauvage exécution sont des petits malfrats locaux, peut-être liés au trafic de drogue. La carabine 22 LR est d'un modèle peu courant mais vendu dans le Finistère. Il fallait bien connaître la ville pour savoir qu'un stand de tir se cachait derrière le vieux fort de la Villeneuve. Les assassins ont fait preuve d'un étonnant mélange de détermination meurtrière, de précipitation affolée, voire d'inconscience (garder quatre jours portefeuilles).

Mais, en dépit des énormes moyens mis en oeuvre par la section des recherches de la gendarmerie de Rennes, l'enquête est « dans le brouillard ». Vingt enquêteurs (trente les premiers jours) ont vérifié des centaines de véhicules correspondant à la voiture recherchée, mis sur écoute, surveillé et filé des suspects. En vain. Depuis lundi, l’équipe d’enquêteur a été fortement réduite…

( Article de Journal de Ouest-France du 24 Avril 1997 )

Meurtres du stand de tir les gendarmes dessaisis

A défaut d'un dénouement, l'enquête sur le double meurtre du stand de tir de la Villeneuve, perpétré le 13 octobre 1996, vient de connaître un rebondissement. Mi-janvier dernier, les gendarmes de la section de recherche de Rennes ont été dessaisis du dossier sur lequel ils auront planché quatre ans durant, explorant vainement de multiples pistes (lire ci-dessous). Le SRPJ (1) reprendra prochainement l'enquête.

« On a fait des efforts en personnel, en temps... malheureusement, ils ne sont pas toujours récompensés». Réflexion sans amertume, hier, du lieutenant-colonel Pujol, commandant de la section de recherche de la gendarmerie de Rennes. Sa brigade vient d'être dessaisie de l'enquête sur le double meurtre du stand de tir de la Villeneuve, survenu au petit matin de ce, jour d’ automne 96.

« Nous étions arrivés au bout »

Le juge d'instruction Bruno le Bécachel, du tribunal de Brest, a pris cette décision mi-janvier dernier. « Nous allions arriver à la même conclusion. J'allais lui porter le dossier en disant que nous étions arrivés au bout », reprend le lieutenant-colonel Pujol. Les quatre ans d'investigations et les multiples lignes d’écoute (vraisemblablement plus d'une vingtaine), permettront d'éclaircir plusieurs affaires locales, notamment celle d'un enlèvement sur fond de trafic de drogue, mais pas d'élucider une affaire qui tranche dans la chronique criminelle Brestoise.

Ouest-France

L'entrée du stand de tir de la Villeneuve construit dans les douves d'un vieux fort, est situé sur un terrain militaire.

Six balles de 22 long Rifle

Il est 9 h du matin. Alors qu'ils viennent s'entraîner, deux membres du stand de tir de l'USAM (2) sont tués par des balles de revolver 22 long rifle. François Picard, 52 ans, pharmacien principal des armées et Pol Creton, 32 ans, technicien chargé des mammifères marins à Océanopolis, sont mortellement touchés de deux balles dans le thorax, puis achevés d'une balle dans la nuque. Les tueurs ont préparé leur fuite (à moins que ce ne soit d'abord leur venue, selon que l'on privilégie un vol qui a mal tourné ou une froide exécution). Le grillage en inox de l'enceinte (le stand est en terrain militaire) a été découpé avec minutie, à la cisaille. Les meurtriers emporteront les trois armes de leurs victimes. Un revolver 22 LR sera retrouvé dans un bosquet, non loin de là. Un témoin dira avoir vu deux personnes, dont l'une aux cheveux longs (un homme et une femme ?), dans une Talbot Horizon bleue.

Un oeil neuf ?

« Une enquête est fonction d'un nombre de paramètres, d'indices nous avons travaillé dessus depuis le départ, nous avons mis du personnel en nombre quand il le fallait. Il y a toujours eu quelqu'un sur le dossier On a eu des hypothèses de travail. A l'époque, à partir des constatations et de la personnalité des gens, des choses paraissent plus importantes que d'autres mais ce n'est pas parce qu'on a des idées qu'on arrive à conclure. Ce n'est pas une enquête facile, c'est tout », finit le lieutenant colonel Pujol.

Le SRPJ héritera bientôt du dossier. Pour les policiers, la tâche s'annonce ardue. Un oeil, neuf sur le dossier pourra-t-il faire la différence, quatre ans après les faits ?

(1) Service Régional de Police judiciaire

(2) Union Sportive et Artistique de la Marine

Des pistes comme s'il en pleuvait

Et si... et si... le double meurtre du stand de la Villeneuve, perpétré le 13 octobre 96, n'a pas fini de susciter des hypothèses. En quatre ans d'enquête, les gendarmes ont exploré plusieurs pistes, préférant certaines à d'autres. Étaient-ce les bonnes ?

Les tueurs ont vraisemblablement fui par le parking de Penfeld dont ils avaient pris soin de découper le grillage. L'un avait, selon un témoin, les cheveux longs. A moins qu'il ne s'agisse d'une femme. Un couple ? La question reste en suspens, comme la voiture dans laquelle ils se sont engouffrés. Une Talbot Horizon bleue, assurèrent deux témoins.

La voiture. Les gendarmes vérifièrent des centaines de modèles. Incidemment, à l'époque, les « balladurettes », ancêtres des « jupettes », commençaient à avoir un certain succès. La Talbot Horizon recherchée est elle passée entre les mailles des enquêteurs, finissant sous une presse ?

A propos, était-ce une Talbot Horizon ? Les témoins auraient ils pu se le suggérer ? Cet ancien modèle a par exemple quelques ressemblances avec la Simca 1100.

Gens du voyage ? La piste de membres de la communauté des gens de voyage a aussi été évoquée. Des caravanes avaient l'habitude de stationner non loin du stand de tir. Le coin devait leur être familier. De plus, les portefeuilles seront retrouvés, quatre jours plus tard, dans une poubelle du passage souterrain de la gare de Landerneau, à quelques encablures d'un campement.

Toxicomanes ? Il y a eu la piste des toxicomanes. Les victimes auraient-elles été témoins d'un deal? Cette option ne sera jamais vraiment avalisée. Les multiples lignes sur écoutes n'y feront rien. L'heure des crimes, ainsi que la fuite si bien préparée, apparaissaient d'ailleurs peu dans les manières de toxicomanes.

Radioactivité ? Les deux victimes seront décrites sans histoires. Voulait-on alors éliminer François Picart, qui aurait détenu des informations sur la radioactivité dans la rade ? Peu probable. Tant qu'à préméditer un meurtre, les auteurs ne se seraient sans doute pas risqués à exécuter deux personnes. Et les « contrats » ne font guère partie des mœurs criminelles, à la pointe Bretagne

Vol d'armes ?Les tueurs étaient-ils venus pour voler des armes 7 Le stand n'en recelait pas. Mais le savaient-ils ? Quelques années auparavant, dans un stand de tir de L'USAM situé près de Kérédern, il y avait eu un cambriolage au cours duquel plusieurs armes avaient été volées. Ce vol audacieux a-t-il nourri une rumeur, laissant penser qu'un arsenal était disponible dans ces stands ? Ont-ils voulu braquer les deux hommes et les forcer à ouvrir ? L'une des deux victimes s'est-elle rebiffée, faisant perdre leur sang-froid aux agresseurs qui, après avoir tiré deux balles, ont voulu s'assurer qu'elles ne parleraient pas en les achevant d'une balle dans la nuque ? Le pistolet 22 long Rifle, qu'on peut acheter dans le commerce, n'est dans tous les cas une arme de tueur.

( Article de Journal du Télégramme de Brest du Janvier 2001 )

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